Citoyenneté / nationalité




Ce samedi, une nouvelle marche relie la Cité de l'immigration au Centre de rétention administrative de Vincennes.

Afin d'éclairer ce qui relie "immigration" et "détention", "cité" et "administration", je visite mes représentations sur la citoyenneté et la nationalité.



Citoyen, fonction sociale ou statut administratif ?

La citoyenneté me paraît déborder le cadre de la nationalité :
- la citoyenneté, comme fonction sociale,
- la nationalité, comme statut, destiné à favoriser un plein déploiement de la fonction.

Car c'est bien le citoyen que reconnaît la République.

De fait, selon l'idéal républicain du peuple français, que révèle la constitution de 1793, le citoyen se détermine par l'action, pas moins que par l'état.

"DE L'ETAT DES CITOYENS"
"Article 4. - Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; - Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année - Y vit de son travail - Ou acquiert une propriété - Ou épouse une Française - Ou adopte un enfant - Ou nourrit un vieillard ; - Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l'humanité - Est admis à l'exercice des Droits de citoyen français."

Dès lors, absence de preuve administrative vaudrait-elle preuve d'absence de citoyenneté ?
Ou bien cette seule absence de preuve rendrait-elle passible de déchéance de "liberté, suspendant de fait à cette contingence le principe d'"égalité", dans des conditions qui relèvent d'une "fraternité" toute mesurée ?
Par simple acte administratif, dois-je comprendre, hors emprise de quelque jugement au nom du peuple souverain ?

Avant d'imaginer quelque solution, comment éclairer le défi collectif que constitue le management de la puissance publique ?



Quel cadre à l'exercice de la citoyenneté ?

Il y a cinq siècles en occident, l'Etat arrachait à l'Eglise le privilège de porter l'universel dans les affaires temporelles du Prince.

Jean Pic de la Mirandole témoigne subtilement de cette transition : "Il prit donc l'homme, cette oeuvre indistincte, et, l'ayant placée au milieu du monde, Il lui parla ainsi : Je ne t'ai donné ni place déterminée, ni visage, ni don particulier, ô Adam, afin que ta place, ton visage et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les cultives par toi-même." De la Dignité de l'Homme, 1482.

Au siècle qui s'ouvre, la sécurité collective et le développement durable engagent tout citoyen à élargir son horizon et à devenir mieux redevable du risque et de l'opportunité collectifs dans son environnement immédiat.

Quelque communauté qui entende désormais porter l'universel comme cadre de l'exercice de la citoyenneté de tous doit proposer les repères sur lesquels asseoir la souveraineté du peuple, non comme un "acquis", un "état", mais comme un "encore à construire", un "devenir" qui mobilise la confiance et l'engagement de chacun et de tous.

De cette perspective, entretenir un "état" par une souveraineté de police seulement relèverait d'un ordre révolu et révèlerait ce que d'aucuns n'hésiteraient à attribuer aux "élites" : absence de vision, aveuglement, forfaiture, trahison ou traîtrise...

D'autant qu'une souveraineté de police, en s'abritant derrière un paravent aisément brandi, le terrorisme des explosions aveugles, en viendrait vite à amplifier les effets de ce dernier, en légitimant d'autres mesures attentatoires aux libertés...
Au risque de métamorphoser l'ordre, modalité citoyenne de solidarité et de progrès, en une finalité incivique qui asservit et sclérose l'initiative citoyenne, jamais autant nécessaire dans la plus large diversité.



Repère pour demain

Le peuple français partage la langue de 4% des humains, répartis sur un fuseau de GMT+3 à GMT-5 pour l'essentiel, langue minoritaire sur tous les continents, partout en situation de multilinguisme, à l'exception d'un seul pays.

En France, chaque enfant a une place à l'école, ce qui dote encore ce pays d'un poids économique qui s'apprécie à 4% de la richesse mondiale, mais le place seulement au 39ème rang de ceux où l'on se déclare heureux de vivre.

Ni île, presqu'île, cap ou massif, la France s'est construite sur un isthme.
Nécessairement de volonté politique centralisée.
Nécessairement de flux migratoires et de métissages.

Ainsi, qui se reconnaît citoyen du peuple français hérite d'une longue histoire au management des seuils.

En CRA, en prison, en hôpital, dans la rue, en RMI, au chômage, en retraite, dans les associations, dans les familles, la citoyenneté républicaine se révèle, se distingue et se reconnaît, pas moins qu'ailleurs.

Pas comme une idée nostalgique vieille de deux siècles, mais comme une posture réaliste offensive, nécessaire à cette société civile des marges, à ce peuple qui se veut et se voudra français.

En CRA aussi, liberté, égalité, fraternité.

C'est aux marges que s'éprouve une devise, à la liminalité où se construit l'identité.



Pour en savoir plus

Témoignages de l'expression de l'idéal républicain rapportée parmi des citoyens retenus en CRA (à venir)

Marche du 19 janvier 2008, à partir de 14:00 de la Porte Dorée à Vincennes

Constitution de 1793